Qu'est-ce que la tendinopathie d'Achille ?

Le tendon d’Achille est le plus épais et le plus puissant tendon du corps humain. Il relie les muscles du mollet (gastrocnémiens et soléaire) au calcanéum, transmettant la force nécessaire à la propulsion à chaque pas. Soumis à des tensions répétées ou excessives, il peut s’enflammer puis dégénérer — on parle alors de tendinopathie. On distingue une phase inflammatoire (tendinite vraie) et une phase dégénérative (tendinose), qui nécessitent des approches thérapeutiques différentes.

Les symptômes

Raideur matinale
Sensation de raideur et de douleur à l’arrière de la cheville au lever, s’atténuant progressivement après quelques minutes d’échauffement.

Douleur à l’effort et après
Douleur déclenchée ou aggravée à la course, à la montée des escaliers ou à la marche rapide, persistant après l’arrêt de l’activité.

Épaississement et sensibilité
Gonflement localisé du tendon, parfois visible, douloureux à la pression entre deux doigts (test du pincement) à 2–6 cm au-dessus du calcanéum.

Craquements et crépitations
Sensation de craquement ou de grincement à la mobilisation de la cheville, signe d’une inflammation de la gaine tendineuse (ténosynovite).

Les causes

La tendinopathie d’Achille résulte le plus souvent d’une combinaison de facteurs mécaniques intrinsèques et extrinsèques qui dépassent la capacité d’adaptation du tendon.

Les facteurs favorisants

Surcharge soudaine
Augmentation trop rapide du volume ou de l’intensité d’entraînement, reprise sportive après une pause, changement de surface.

Morphologie du pied
Pied plat (hyperpronation) ou pied creux (supination excessive) modifiant les forces transmises au tendon à chaque foulée.

Rétractation des mollets
Manque de souplesse des gastrocnémiens et du soléaire augmentant la tension permanente exercée sur le tendon d’Achille.

Chaussage inadapté
Chaussures à semelle trop rigide, drop insuffisant ou contrefort mal positionné comprimant ou sous-soutenant le tendon.

Âge et sédentarité
La vascularisation du tendon diminue avec l’âge, réduisant ses capacités de récupération. La reprise d’activité chez le sédentaire est un facteur de risque classique.

Traitement médicamenteux
Certains antibiotiques (fluoroquinolones) et les corticoïdes répétés fragilisent le tissu tendineux et augmentent le risque de rupture.

Comment le podologue pose-t-il le diagnostic ?

Le bilan podologique de la tendinopathie d’Achille vise à confirmer le diagnostic clinique, identifier la forme et la sévérité de l’atteinte, et surtout comprendre les causes biomécaniques sous-jacentes pour proposer un traitement ciblé. Il complète l’évaluation médicale sans s’y substituer.

1 : Interrogatoire sportif et médical
Volume et type d’entraînement, évolution des symptômes, traitements déjà réalisés, antécédents podologiques, chaussage actuel de sport et de ville.

2 : Palpation du tendon
Test du pincement pour localiser l’épaississement et la zone douloureuse — distinction entre forme corporéale (2–6 cm au-dessus du calcanéum) et forme insertionnelle (bord postérieur du talon).

3 : Évaluation de la souplesse musculaire
Mesure de la flexion dorsale active et passive de la cheville, test de Silfverskiöld pour différencier une rétraction des gastrocnémiens seuls de celle du soléaire, déterminant pour le traitement.

4 : Analyse biomécanique de la foulée
Observation de la course ou de la marche sur tapis ou podoscopie dynamique : hyperpronation, heel strike excessif, asymétrie de foulée — autant de facteurs corrigeables par l’orthèse.

5 : Orientation vers l’imagerie
Prescription ou orientation vers une échographie (pour évaluer l’épaisseur, la structure et la vascularisation du tendon) ou une IRM en cas de doute sur une rupture partielle.

Les traitements proposés par le podologue

Le traitement podologique de la tendinopathie d’Achille repose sur deux piliers : décharger mécaniquement le tendon pour lui permettre de récupérer, et corriger les facteurs biomécaniques qui ont provoqué la surcharge. Ces actions complémentaires s’inscrivent dans une prise en charge pluridisciplinaire.

Orthèses plantaires sur mesure
L’orthèse corrige l’hyperpronation ou la supination excessive, contrôle le mouvement du calcanéum et intègre une talonnière de relèvement qui réduit la tension mécanique exercée sur le tendon à chaque pas. Indispensable pour le sport comme pour la vie quotidienne.

Talonnière de relèvement
Élément clé du traitement : une talonnière de 6 à 10 mm réduit immédiatement la tension sur le tendon d’Achille en diminuant la flexion dorsale requise à chaque pas. Soulagement souvent ressenti dès les premiers jours de port.

Strapping de décharge
Taping du tendon d’Achille pour limiter les mouvements excessifs de la cheville et réduire la tension sur le tendon en phase aiguë. Permet souvent de maintenir une activité réduite pendant la phase inflammatoire.

Conseil en chaussage sportif
Analyse des chaussures de sport (drop, amorti talon, rigidité, contrefort) et recommandations précises pour chaque type d’activité. Le bon chaussage est aussi important que les orthèses dans la gestion de la tendinopathie.

Combien de temps pour se rétablir ?

La tendinopathie d’Achille est une des pathologies tendineuses les plus longues à guérir. La patience et la régularité du traitement sont les clés. Une prise en charge précoce divise par deux la durée de récupération.

Forme aigüe
Amélioration significative en 6 à 12 semaines avec un traitement bien conduit (orthèses + exercices excentriques).

Forme chronique
La tendinose installée depuis plus de 3 mois peut nécessiter 6 à 12 mois de traitement actif avant guérison complète.

Reprise sportive
Généralement possible après 6 à 10 semaines pour les formes légères, avec un protocole de reprise progressive encadré par le podologue.

Risque de récidive
Élevé sans correction des facteurs biomécaniques. Le port des orthèses au-delà de la guérison est recommandé chez le sportif.

Déroulement de la consultation

Bilan podologique

Lors de cette consultation, la podologue analyse votre posture, votre démarche et vos douleurs. Ce bilan complet permet de définir précisément vos besoins et les caractéristiques de vos futures semelles.

Création des semelles

Vos semelles sont conçues sur place, à partir des mesures et observations réalisées pendant le bilan. Vous repartez avec vos semelles personnalisées dès la fin du rendez-vous.

RDV de contrôle

Un rendez-vous de suivi est prévu afin de vérifier l’efficacité des semelles, votre confort et d’effectuer, si nécessaire, des ajustements pour un résultat optimal.

Questions à propos de la tendinite d'Achille

Tendinite ou tendinose : quelle différence ?

La tendinite désigne une inflammation aiguë du tendon, souvent réversible rapidement. La tendinose est une dégénérescence chronique du tissu tendineux sans inflammation majeure — les fibres de collagène sont désorganisées et le tendon perd de sa résistance. La tendinose répond moins bien aux anti-inflammatoires et nécessite un travail mécanique actif (exercices excentriques, orthèses) pour stimuler la régénération tissulaire.

En phase aiguë avec douleur au repos ou à la marche, il est impératif de stopper la course. Lorsque la douleur n’est présente qu’en début ou fin de séance et disparaît rapidement, une course à intensité réduite peut être maintenue sous surveillance podologique. La règle de base : si la douleur dépasse 3/10 pendant l’effort ou si elle s’aggrave d’une séance à l’autre, il faut stopper et consulter.

Les exercices excentriques (protocole de Alfredson) consistent à monter sur la pointe des pieds avec les deux jambes, puis à descendre lentement sur le pied atteint seul — en laissant le talon s’abaisser sous le niveau de la marche. Réalisés sur une marche d’escalier, 3 séries de 15 répétitions deux fois par jour, pendant 12 semaines minimum. Ils stimulent la régénération du collagène tendineux et sont validés scientifiquement avec 70 à 85 % de bons résultats.

Les infiltrations de corticoïdes dans ou autour du tendon d’Achille sont déconseillées par la plupart des experts car elles fragilisent le tissu tendineux et augmentent le risque de rupture. En revanche, les injections de plasma riche en plaquettes (PRP) et les ondes de choc ont montré une efficacité intéressante pour les tendinoses résistantes et représentent une alternative validée aux corticoïdes.

La rupture tendineuse se manifeste par une douleur brutale et intense à la propulsion (souvent décrite comme un « coup de pied reçu »), une incapacité à se mettre sur la pointe du pied et un signe de Thompson positif (compression du mollet sans flexion plantaire du pied). Si ces signes sont présents, une consultation médicale en urgence est indispensable. L’échographie ou l’IRM confirmera le diagnostic et guidera la décision thérapeutique.

Une tendinite aiguë récente peut s’améliorer avec quelques semaines de repos relatif, surtout si les facteurs déclenchants sont supprimés. En revanche, une tendinose chronique ne régresse pas spontanément et tend à s’aggraver progressivement. Le tendon dégénéré a besoin de stimulations mécaniques contrôlées (exercices excentriques) pour régénérer son collagène — le repos total seul est donc contre-productif à long terme.

Les antibiotiques de la famille des fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine…) sont connus pour provoquer des tendinopathies, voire des ruptures tendineuses, notamment chez les personnes âgées ou prenant des corticoïdes simultanément. Ce risque fait l’objet d’une mise en garde officielle sur les notices. Si vous prenez ce type de médicament, signalez-le à votre podologue et évitez les activités à risque pendant et après le traitement.

Oui, pendant la phase de traitement. Les contraintes biomécaniques s’exercent à chaque pas, pas seulement à l’effort. Porter les orthèses en ville comme au sport garantit une correction permanente du mouvement et réduit la tension résiduelle sur le tendon entre les séances. Une paire de ville et une paire sport peuvent être nécessaires si les chaussures sont très différentes en termes de volume intérieur.