Qu'est-ce que la Maladie de Sever ?

La maladie de Sever — ou apophysite calcanéenne — est une inflammation du cartilage de croissance situé à l’arrière du calcanéum (os du talon). Chez l’enfant en pleine croissance, ce cartilage est encore en cours d’ossification et constitue le point de jonction entre l’os et le tendon d’Achille. Les tractions répétées exercées par le tendon sur ce cartilage immature, combinées aux chocs à la course, provoquent une micro-traumatologie douloureuse. Ce n’est pas une maladie grave : elle guérit spontanément à la fin de la croissance, mais une prise en charge podologique accélère la guérison et permet à l’enfant de continuer à pratiquer son sport.

Les symptômes

Douleur au talon à l’effort
Douleur à la face postérieure ou inférieure du talon, apparaissant ou s’aggravant pendant et après l’activité sportive, parfois avec boiterie en fin de match.

Raideur matinale
Douleur et raideur au lever, s’atténuant après quelques minutes de marche, similaire à la fasciite plantaire de l’adulte mais localisée plus haut sur le talon.

Marche sur la pointe des pieds
L’enfant évite spontanément l’appui sur le talon et marche sur la pointe des pieds pour réduire la douleur — signe d’appel très caractéristique.

Sensibilité à la compression latérale
Douleur reproduite en comprimant le talon latéralement entre les deux mains (squeeze test positif) — test clinique simple et très fiable.

Pourquoi cela survient-il ?

La maladie de Sever résulte d’une surcharge mécanique sur un cartilage de croissance immature, à une période où l’os grandit plus vite que les muscles et tendons environnants. Plusieurs facteurs aggravent cette vulnérabilité naturelle.

Les facteurs favorisants

Poussée de croissance
Pendant les phases de croissance rapide, le tibia et le calcanéum grandissent plus vite que le tendon d’Achille, qui se retrouve en tension permanente sur l’apophyse.

Activité sportive intensive
Football, handball, athlétisme, gymnastique — les sports à impacts répétés sur des sols durs multiplient les micro-traumatismes sur le cartilage fragilisé.

Rétractation du tendon d’Achille
Un tendon d’Achille peu souple augmente la tension permanente exercée sur l’apophyse calcanéenne, principal mécanisme déclenchant de la maladie.

Morphologie du pied
Pied plat ou pied creux modifiant les contraintes sur le talon, pronation excessive favorisant la traction asymétrique sur le cartilage de croissance.

Chaussures inadaptées
Crampons rigides, chaussures plates sans amorti ou à semelle usée augmentant les chocs transmis au talon à chaque foulée ou contact avec le sol.

Surpoids
L’excès de poids amplifie les forces de compression sur le cartilage de croissance, particulièrement lors des impacts à la course.

Comment l'orthopédiste pose-t-il le diagnostic ?

Le diagnostic de la maladie de Sever est avant tout clinique — l’âge, le contexte sportif et les signes à l’examen physique suffisent dans la grande majorité des cas. L’orthopédiste réalise un bilan biomécanique complet pour comprendre les facteurs mécaniques qui ont déclenché la pathologie et guider le traitement.

1 : Interrogatoire de l’enfant et des parents
Âge, sports pratiqués, volume d’entraînement, type de sol et de chaussures, moment d’apparition de la douleur (début de saison ? après une poussée de croissance ?), localisation précise.

2 : Squeeze test (test de compression latérale)
Compression bimanuelle du talon entre le pouce et l’index — la reproduction de la douleur au niveau de l’apophyse calcanéenne est hautement évocatrice de la maladie de Sever.

3 : Evaluation de la souplesse musculaire
Mesure de la flexion dorsale de la cheville pour évaluer la rétraction du tendon d’Achille et des gastrocnémiens — facteur mécanique principal à corriger par l’orthèse et les étirements.

4 : Analyse de la morphologie du pied
Évaluation de la voûte plantaire, de l’axe calcanéen et de la foulée de l’enfant pour identifier les défauts biomécaniques amplifiant les contraintes sur le cartilage de croissance.

5 : Radiographie si nécessaire
Non systématique. Elle peut montrer une fragmentation ou une densification de l’apophyse calcanéenne et est utile pour écarter d’autres diagnostics (fracture de fatigue, tumeur osseuse bénigne).

L'orthèse plantaire sur mesure pour l'enfant

L’orthèse pédiatrique pour la maladie de Sever est conçue spécifiquement pour un pied en croissance. Elle combine décharge mécanique du cartilage, correction des défauts posturaux et adaptation aux chaussures de sport de l’enfant.

Coque talonniere
Élément central : en surélevant et stabilisant le talon, elle détend le tendon d’Achille et réduit immédiatement la traction exercée sur l’apophyse calcanéenne. Le soulagement est souvent ressenti dès les premiers jours.

Amorti sous-talonnien
Matériau absorbant positionné précisément sous l’apophyse pour réduire les chocs transmis au cartilage de croissance à chaque impact au sol.

Correction posturale adaptée
En cas de pied plat ou d’hyperpronation associée, la coque médio-pied corrige l’axe calcanéen et redistribue les forces sur l’ensemble du pied pour réduire la surcharge localisée sur le talon.

Suivi de croissance intégré
Le pied de l’enfant grandit rapidement. Les orthèses sont réévaluées à chaque consultation et renouvelées en fonction de la croissance — généralement tous les 12 à 18 mois selon l’âge.

Une pathologie bénigne qui guérit toujours

Le message essentiel à retenir : la maladie de Sever est une pathologie bénigne, sans aucune séquelle à long terme sur l’os ou le cartilage. Elle guérit systématiquement à la fin de la croissance osseuse, lorsque le cartilage calcanéen est entièrement ossifié. La prise en charge podologique ne vise pas à « guérir » l’os, mais à permettre à l’enfant de traverser cette période de croissance avec le moins de douleur et de limitation possible.

100 % de guérison
La maladie de Sever guérit systématiquement à la fin de la croissance — sans exception. Aucune intervention chirurgicale n’est jamais nécessaire.

Aucune séquelle
Aucune séquelle à long terme sur la structure osseuse du talon. Les adultes ayant eu la maladie de Sever ne gardent aucune fragilité particulière du calcanéum.

Soulagement sous 4 à 8 semaines
Avec un traitement podologique adapté, les douleurs diminuent significativement en 4 à 8 semaines, permettant une reprise sportive normale.

Déroulement de la consultation

Bilan podologique

Lors de cette consultation, la podologue analyse votre posture, votre démarche et vos douleurs. Ce bilan complet permet de définir précisément vos besoins et les caractéristiques de vos futures semelles.

Création des semelles

Vos semelles sont conçues sur place, à partir des mesures et observations réalisées pendant le bilan. Vous repartez avec vos semelles personnalisées dès la fin du rendez-vous.

RDV de contrôle

Un rendez-vous de suivi est prévu afin de vérifier l’efficacité des semelles, votre confort et d’effectuer, si nécessaire, des ajustements pour un résultat optimal.

Questions à propos de la maladie de Sever

La maladie de Sever est-elle grave ?

Non, pas du tout. Malgré son nom inquiétant, la maladie de Sever est une pathologie bénigne sans aucune gravité. Il ne s’agit pas d’une maladie au sens médical du terme mais d’une apophysite — une réaction inflammatoire normale d’un cartilage de croissance soumis à trop de contraintes. Elle ne laisse aucune séquelle et guérit toujours à la fin de la croissance. La prise en charge vise uniquement à soulager l’enfant et lui permettre de continuer à pratiquer son sport.

Dans la grande majorité des cas, non. Un arrêt complet de la pratique sportive est rarement nécessaire et peut être difficile à vivre pour l’enfant comme pour sa famille. Grâce à des orthèses adaptées, à l’application de glace après les entraînements et à une légère diminution de l’intensité des activités, la plupart des enfants peuvent poursuivre leur pratique sportive.

En revanche, si les douleurs deviennent très importantes (supérieures à 7/10) ou si une boiterie apparaît pendant l’effort, une interruption temporaire de 2 à 4 semaines peut être recommandée.

Pour une prise en charge adaptée et un suivi personnalisé, il est conseillé de consulter un médecin du sport.

Tout à fait. La maladie de Sever est bilatérale dans environ 60 % des cas, car les deux calcanéums sont au même stade de croissance et soumis aux mêmes contraintes sportives. Les deux pieds peuvent être touchés simultanément ou à quelques semaines d’intervalle. Le traitement est identique pour les deux pieds, avec deux paires d’orthèses si nécessaire.

La durée varie selon les enfants, l’intensité sportive et la précocité de la prise en charge. En moyenne, une poussée douloureuse dure 2 à 3 mois. Des récidives sont possibles jusqu’à la fin de la croissance osseuse calcanéenne — généralement vers 14 ans chez les filles et 16 ans chez les garçons. Chaque poussée peut être soulagée par le même traitement podologique. La guérison définitive coïncide avec la fin de la croissance.

La radiographie n’est pas systématique car le diagnostic est avant tout clinique (âge, contexte sportif, squeeze test positif). Elle est indiquée en cas de doute diagnostique, de douleur très intense ou atypique, ou pour éliminer une fracture de fatigue ou une lésion osseuse. L’IRM peut être demandée dans les cas difficiles. En pratique courante, un bilan podologique suffit pour poser le diagnostic et démarrer le traitement.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène) peuvent être utilisés ponctuellement sur prescription médicale pour soulager les poussées douloureuses aiguës, mais ne constituent pas un traitement de fond. Le glaçage local est préférable au quotidien, sans effets secondaires. Le traitement de fond reste mécanique : orthèses, étirements, adaptation du chaussage. Les corticoïdes (infiltrations) sont formellement contre-indiqués en raison du risque de fragilisation du cartilage de croissance.

Oui. Les récidives sont fréquentes, notamment lors des nouvelles poussées de croissance ou lors des reprises sportives après une période de repos. Chaque fois que la croissance du calcanéum s’accélère, le risque de réapparition des douleurs existe — tant que le cartilage n’est pas entièrement ossifié. Le port continu des orthèses et les étirements réguliers entre les poussées réduisent significativement la fréquence et l’intensité des récidives.

La maladie de Sever n’entraîne pas de fracture dans les cas habituels. Cependant, en cas de poussée de croissance très rapide et de surcharge sportive extrême, des microfissures de l’apophyse sont théoriquement possibles, bien que très rares. C’est pourquoi un suivi régulier et une adaptation de la charge sportive sont importants. En cas de douleur brutale et intense après un traumatisme, une consultation médicale s’impose pour éliminer une fracture de fatigue.